Tiril Schroeder, Arcadia   
  Galerie Susan Nielsen, Paris
  06.09 - 25.10.2008


Texte de Maria Bregnbach, historien d'art
traduit de l'anglais: Susan Nielsen, Alice Abessart


L'oeuvre de l'artiste norvégienne Tiril SchrØder repose sur l'appropriation, et englobe ce que l'art contemporain a nommé postproduction, empruntant à l'histoire de l'art en plaçant les morceaux choisis dans un contexte contemporain. Dans ses récents paysages, Tiril SchrØder puise consciemment dans l'héritage d'artistes comme Caspar David Friedrich ou Turner. Mais loin de poursuivre cette tradition, SchrØder déconstruit la peinture de paysage conventionnelle et s'attaque à la notion romantique d'une nature intacte comme refuge idyllique pour citadins.

 

La présente exposition prend la forme d'une installation dans laquelle des oeuvres indépendantes s'inscrivent dans de larges compositions murales, déployant une trame narrative où l'image défie ses limites et s'approprie l'espace environnant.


Avec Arcadia, Tiril SchrØder fait à la fois référence à une réalité géographique et à l'évocation d'un âge d'or, à l'idée utopique d'une vie en harmonie avec la nature. L'Arcadie géographique se situe dans une région montagneuse de Grèce, isolée et sauvage, considérée dans l'ancien temps comme un refuge sûr, un lieu vers lequel on pouvait fuir. Mais comme Tiril SchrØder le souligne, l'Arcadie ne peut supporter d'être surpeuplée - ni même de l'être normalement. L'une de ses principales caractéristiques est son exclusivité: l'inaccessibilité et l'exclusion de ceux qui ne peuvent, ni ne souhaitent, se plier aux hautes contraintes de ce paradis.





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Tiril Schroeder, Arcadia

Dans l'oeuvre de SchrØder, des paysages grandioses sont souvent perturbés par l'apparition d'une voiture, d'une grue, ou par d'autres types d'intrusions contemporaines. En tant que spectateur, on est frappé de se trouver rassuré, voire soulagé, par ces marques d'urbanisme, même si ses constructions font plus penser à des remparts dans un combat perdu d'avance contre les éléments. Ni les éoliennes ni même les centrales hydroélectriques ne semblent capables d'apprivoiser les forces de la nature plus qu'un court instant. Tiril SchrØder ne cherche pourtant pas à révéler la splendeur divine de la nature, elle dresse plutôt une critique de la vision contemporaine (et nordique) de celle-ci, pour laquelle la nature et tout ce qui est considéré comme "naturel" équivaut pureté, beauté et vérité. Pour SchrØder, l'identité nationale norvégienne est étroitement liée à cette idée romantique de la nature, où, à l'inverse, toute production humaine est considérée comme suspecte et néfaste puisqu'opposée à l'authentique et au "vrai".


Par ses sujets ainsi que par ses choix de techniques, SchrØder explore la relation entre l'authentique et l'artifice. Ses dessins et peintures sont le résultat de croisements entre divers médias, où se mêlent l'authenticité et l'intimité qu'implique l'aquarelle avec la distance et l'artificialité habituellement imputées à l'ordinateur et aux procédés mécaniques. Aquarelle, peinture, image numérique simulent la coexistence difficile entre reproduction mécanique et subjectivité artistique.

La ligne implicite qui relie nature et beauté est au centre du récent travail de Tiril SchrØder, qui en souligne son potentiel réducteur en s'attaquant aux préjugés liés à la beauté et à la façon dont elle est supposée exister.


Exposition du 6 septembre au 25 octobre 2008. Galerie Susan Nielsen, 14 rue des Coutures Saint-Gervais - 75003 Paris. Tél.: +33 (0)1 44 54 04 07. Ouverture du mardi au samedi de 14h à 19h.

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