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Le texte de Léa Bismuth : Thomas Salet, pour une grammaire poétique


À l’heure où j’écris ces lignes, l’exposition n’a pas de titre. Et c’est sans doute mieux ainsi car il s’agit avant tout de se laisser porter par l’œuvre sans essayer de la contraindre. Regarder d’abord. L’interprétation viendra ensuite.


Ce qui compte aux yeux de Thomas Salet, c’est de proposer un état de sa recherche, sans cesse en cours de réalisation, un état des lieux constitué de reliefs aux cimes desquels le spectateur imaginera le paysage qui lui plaira. Les différentes séries dialoguent à travers le temps. Ainsi, des grandes tables présentent une multitude de sculptures, petites et grandes, qui semblent posées pêle-mêle ; mais ce désordre et cet encombrement ne sont qu’apparence. On croit à des formes en plâtre, poreuses, fraîches encore. Fragiles certainement. On est tenté d’approcher la main, de toucher, de caresser ces peaux blanches qui ne sont autres que de la céramique. Les formes sont-elles organiques ? Des viscères et des coraux ? Des cavités venant des profondeurs de la Terre ou plutôt échappées d’études scientifiques sur l’ADN ? On ne le saura jamais. Ce sont des bulbes, des crânes d’une stylisation désarmante, des floraisons, des mécaniques molles et biomorphiques, des organismes inconnus qui se connectent et s’agrègent.

 

























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Plus loin, la feuille blanche abrite des constellations, des formes géométriques retenues entre elles par du fil à coudre. L’artiste ouvre l’espace à l’infini, comme peut l’être celui du ciel étoilé un soir d’été, que l’on ne pourra jamais embrasser d’un seul coup d’oeil. C’est tout un système galactique qui prend forme, à moins que ce soit un réseau veineux. Il y a là quelque chose de labyrinthique, mais étrangement, sans errance aucune. Car c’est bien la présence humaine ou anthropomorphe, en filigrane, qui sert de fil d’Ariane : Thomas Salet pique d’aiguilles des empreintes de mains après les avoir soigneusement détourées et invente de petits « porteurs » existentiels.










Thomas Salet, Sans titre, 134 x 167 cm, fil, gouache et crayon sur papier (détail) © Galerie Frédéric Lacroix

Thomas Salet, Sans titre, 134 x 167 cm, fil, gouache et crayon sur papier (détail) © Galerie Frédéric Lacroix

  Thomas Salet

  Galerie Frédéric Lacroix, Paris

  11.01 - 26.02.2014

Thomas Salet, Galerie Frédéric Lacroix, Paris

Exposition du 11 janvier au 25 février 2013. Galerie Frédéric Lacroix, 13 rue Chapon - 75003 Paris. Tél.: +33 (0)1 44 61 70 71. Ouverture du mardi au samedi de 14h à 19h et sur rendez-vous.

© ArtCatalyse / Marika Prévosto 2014. Tous droits réservés

C’est à Arp que l’on pense. Ou à l’opposé, aux modules géodésiques et architecturaux d’un Buckminster Fuller. Mais c’est le japonisme d’une pratique qui prend son temps, tout en nuances céladons, qui l’emporte. L’encre se dépose. Le papier boit. Les silhouettes apparaissent à la surface.


Thomas Salet, ensemble de céramiques peintes (détail)  © Galerie Frédéric Lacroix

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