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  Lionel Sabatté, Fabrique des profondeurs
  L’Aquarium de Paris

  09.02 - 15.05.2014

Communiqué de presse


L’Aquarium de Paris consacre une exposition majeure à l’artiste Lionel Sabatté en présentant une quarantaine d’œuvres dans l’aquarium.


Fasciné par l’histoire naturelle, la faune, la flore et les fonds marins, Lionel Sabatté a spécialement conçu cette exposition comme un dialogue avec l’Aquarium de Paris, ses bassins, ses poissons et son architecture. Le visiteur est témoin des règnes et des lois: les poissons volent dans les airs pendant que les souches d’arbres normalement à la surface de la terre, sont en immersion dans les espaces les plus profonds de l’Aquarium.
































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Exposition du 9 février au 15 mai 2014. Aquarium de Paris, 5 avenue Albert de Mun - Entrée par les jardins du Trocadéro - 75016 Paris. Ouverture tous les jours de 10h à 19h.



Le travail de Lionel Sabatté s’interroge sur le vivant et sa régénération. En utilisant des matériaux récupérés - poussières humaines constituées de particules d’existence, pièces de monnaies, ongles, peaux mortes - il leur redonne corps. Il produit une réflexion sur le temps à travers une pratique de l’hybridation : de matériaux, de formes et de références.

Note d’intention de Lionel Sabatté recueillie par Magali Lesauvage (Exponaute)

Depuis un an, tous mes projets sont liés à cette exposition. L'invitation m'a été faite il y a un an par Alexis L. Powilewicz, président de l'Aquarium. Il a vu l'une de mes œuvres dans une galerie, et l'a achetée pour l'exposer ici. C'est un petit poisson réalisé à partir de pièces d'un centime et de dents de requin. Il évoque pour lui le mythe du roi Midas, qui transforme en or tout ce qu'il touche, et de fait ne peux plus se nourrir. Pour Alexis L. Powilewicz, l'œuvre fait écho aux désastres écologiques que l'homme fait subir à la planète, comme la surpêche, un thème majeur abordé par l'Aquarium.

Le motif du cycle est important dans le parcours en cercle de l'Aquarium, qui descend à l'étage inférieur pour remonter vers la sortie, comme dans le thème même de l'écosystème. Mon propre travail, notamment en peinture, est lié à l'introspection, à l'inconscient, ce qui rejoint l'idée des fonds marins. J'ai voulu que les œuvres soient intégrées au parcours, qu'on ait l'impression qu'elles ont été extraites des bassins. D'ailleurs de nombreux visiteurs ne les remarquent pas tout de suite, ce qui est très bien comme ça.

Les Chants silencieux

Une créature de la série Les Chants silencieux accueille le visiteur à l'entrée de l'exposition. Elle a été réalisée lors d'une résidence de quinze jours au Vent des forêts, dans la Meuse. J'ai découvert des souches de chênes dans ce paysage près de Verdun, marqué par l'histoire, les tranchées, les trous d'obus. Ces arbres qui ont connu les guerres sont morts pendant la tempête de 1999 et les souches sont restées sous terre. Je les déterre, je les gratte. J'aide la forme qui est déjà présente, je la tends. C'est de la sculpture, mais presque aussi de la peinture, car je retrouve des couleurs dans les strates du bois. Ensuite je tisse du fer dans le bois pour créer des sortes de phénix, des créatures qui renaissent. Les pièces de monnaie représentent la part humaine, elles symbolisent la civilisation, l'Europe.

J'ai créé cette série en pensant au projet de l'Aquarium : pour moi il y a un rapport entre les profondeurs terrestres, d'où sont extraites ces souches qui concentrent l'énergie de l'arbre, et celles de l'océan évoquées dans ce lieu. D'autres œuvres de la même série ont été réalisées à partir de souches trouvées dans les Pyrénées, dont je suis originaire : elles proviennent d'arbres arrachés à la montagne par les torrents et laissés sur le bord des routes. Je les ai laissées très brutes, avec encore de la terre de là-bas, et j'y ajouté de la rouille : le bois et le métal se mélangent dans une couleur verdâtre obtenue par des oxydes, qui donne un aspect de peau de serpent.


Le Banc de poissons d'argent

Les poissons d'argent suspendus en l'air forment un banc échoué là, comme après une catastrophe écologique. C'est comme un trésor qui prendrait vie. Leur réalisation, très longue, a nécessité que j'invente une méthode de soudure, de tressage du métal. J'ai laissé apparentes les traces de soudure, pour donner aux œuvres un aspect vivant. Mais elles demeurent des créatures inventées, des chimères.


Réparations de papillons

Je récupère les papillons abîmés dans des magasins d'entomologie, et je les répare avec mes bouts d'ongles et mes peaux mortes. Je leur donne un corps qui peut parfois évoquer la silhouette humaine, en utilisant des éléments provenant de mon propre corps (ongles, peaux, cheveux), ou de celui de mes proches. Ceux-ci possèdent une grande ambiguïté : on trouve jolis les ongles et les cheveux, mais dès qu'ils sont détachés du corps, cela nous dégoûte, de manière tout à fait irrationnelle. Il y a sans doute là un rapport avec la mort, notre abandon du quotidien, nos "petites morts". L'idée pour moi est de sublimer cela, et d'accomplir une transmission, comme avec les pièces.


« La rose blanche vient en point final de l'exposition. Je l'ai réalisée à partir de mes peaux mortes, de ciment et de cendres, assemblés sur une vraie tige de rose. C'est l'une de mes dernières pièces, emblématique de ce vers quoi je souhaite aller, le végétal mêlé à l'humain, le jeu sur l'éphémère. C'est aussi une sorte d'hommage aux êtres vivants montrés ici . »


Toutes œuvres © Lionel Sabatté, courtesy galerie Patricia Dorfmann, Paris/Aquarium de Paris.


 





Lionel Sabatté, Fabrique des profondeurs, L’Aquarium de Paris

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