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  Lionel Sabatté, Echafaudages sur le ressac
  Le Carré Amelot, La Rochelle

  19.06 - 20.09.2015

Communiqué de presse


Le Carré Amelot invite Lionel Sabatté à porter son regard sur notre territoire et à questionner le "vivre en bord de mer". Dans une approche partenariale, le Carré Amelot propose un dialogue entre les œuvres de Lionel Sabatté et l'histoire de la ville de La Rochelle, les espèces préservées à l'Aquarium, les collections du Muséum d'Histoire Naturelle.


Pour cette création, Lionel Sabatté envisage un parcours peuplé de créatures fantastiques qui évoquent l'instabilité de toutes choses mais aussi leur caractère merveilleux, mu par une réflexion sur notre rapport au vivant et à la connaissance. Le titre est une métaphore de la fragilité de notre monde en perpétuel mouvement, des civilisations qui s'additionnent et façonnent le monde par couches successives, constituant ainsi un épais sédiment culturel, terreau fertile et précieux de notre humanité.

Trois lieux seront investis dans la Ville et une collecte de matériaux sera mise en place à l'automne afin d'impliquer tous ceux qui le souhaiteront. La récupération de matériaux les plus divers est en effet au centre de la démarche de ce jeune artiste contemporain.

Il décline depuis plusieurs années, tout un bestiaire fait de matériaux improbables : créatures hybrides faites de souches, de fils métalliques et de pièces de monnaie soudées ; fragiles volatiles composés de moutons de poussière. Des moutons de poussière ont été collectés et recyclés pour la création de certaines des œuvres exposées.


























































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Exposition du vendredi 19 juin au dimanche 20 septembre 2015. Carré Amelot Espace Culturel de la Ville de La Rochelle, 10 bis rue Amelot  - 17000 La Rochelle. Tél. +33 (0)5 46 51 14 70. Ouverture mardi, jeudi, vendredi de 13h à 18h, mercredi et samedi de 11h à 18h.






Lionel Sabatté, Echafaudages sur le ressac, La Rochelle

Le texte de Julie Crenn, novembre 2013


Lionel Sabatté fabrique des espaces narratifs peuplés de créatures fantastiques réalisées à partir de matériaux prélevés de leurs contextes originels. Avec une approche de type protéiforme (peinture, sculpture et dessin), il produit une réflexion sur le temps qu’il matérialise à travers une pratique de l’hybridation : de matières, de formes et de références. L’artiste puise dans l’essence et la symbolique des matériaux méticuleusement sélectionnés. Il les observe, les expérimente pour mieux les comprendre et en faire surgir de nouvelles histoires, de nouvelles temporalités. De la poussière, du béton, du bois, des ongles, des cheveux, de la peinture, il extrait des personnages, des paysages, des animaux et des créatures hybrides. En s’emparant du matériau, de ses propriétés rebutantes comme de ses qualités plastiques, il opère à un processus de transformation. Lionel Sabatté déploie ainsi un imaginaire prolifique profondément inspiré par la nature : sa beauté, sa magie, mais aussi ses facettes monstrueuses et mystérieuses.


Ainsi, il récolte patiemment nos déchets. Dans les couloirs du métro parisien, il récupère les poussières des passants. À partir des moutons grisâtres, il sculpte une meute de loups en chasse. Chacun d’entre eux est marqué physiquement, du loup hurlant à la lune, campé sur ses quatre pattes, au loup épuisé, le corps écrasé contre le sol, l’artiste transcende la poussière. Un matériau que nous retrouvons dans ses peintures aux tonalités abyssales. Sur la toile s’arriment des agrégats poussiéreux qui se déposent au fil du temps. L’artiste y ajoute un motif qui se fait récurrent : des allumettes. Symboles de lumière et de chaleur, elles guident les compositions obscures. À travers elles, il développe une réflexion sur l’essence même de la peinture. Fabriquée à partir de pétrole, elle contient le produit d’énergies fossiles auxquelles l’artiste souhaite rendre hommage. Il s’attache ainsi aux origines ancestrales du medium. Sur le papier, les cheveux s’entremêlent au trait du crayon pour engendrer à un ensemble de figures aux postures étranges, fantasmagoriques. Des figures androgynes surgissent de la matière. Nous les retrouvons également agrégés à des flaques de béton déversées sur des feuilles de papier. La matière brute devient alors un territoire que l’artiste explore par le dessin, la gravure et la brûlure. Il y incruste des visages et des corps emprunts dʼun héritage surréaliste assumé.


Toujours avec une perspective de réhabilitation, Lionel Sabatté recueille les matériaux délaissés. À l’image des papillons considérés comme impropres à la collection par les spécialistes. Parce qu’il leur manque une antenne, qu’une aile s’est déchirée ou qu’un corps se trouve amputé, les papillons perdent leur valeur intrinsèque. L’artiste décide alors de leur offrir une nouvelle existence en procédant à des actes de réparations : il reconstruit les parties blessées au moyen d’ongles coupés, assemblés entre eux. Munis de leurs nouvelles ossatures, ils adoptent un statut hybride, mi-insecte, mi-humain. L’ensemble des créatures se situe à la lisière entre deux mondes, entre la vie et la mort, l’apparition et la disparition, la bienveillance et le danger, la confiance et la méfiance. Elles incarnent un équilibre trouble, précaire. De l’informe et l’impropre, Lionel Sabatté produit des œuvres aussi déroutantes que poétiques. Les matériaux, rudes et primitifs, servent ainsi une réflexion sur notre rapport au temps, au corps et à la perte.

L’artiste porte un regard subtil et sensible sur l’histoire et la mémoire.





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Lionel Sabatté, le Cygne noir (crédit photo : Rebecca Fanuele)

Lionel Sabatté, le Cygne noir (crédit photo : Rebecca Fanuele)