Note d'intention de l'artiste

« Invité à réaliser un travail à l’artothèque de Pessac, j’ai glané aux cours de mes rencontres et discussions avec Anne Peltriaux et Corinne Veyssière une histoire, une anecdote à partir de laquelle j’ai construit cette exposition : une fresque, représentant une course cycliste serait emmurée derrière l’une des cloisons de l’artothèque.

J’ai alors pensé associer au recouvrement de cette image murale, un dispositif qui permettrait de retrouver cette fresque tout en associant l’activité passée de ce lieu, un magasin de cycles, à sa mission présente, le prêt d’œuvres et notamment d’images. Cette opération de déterrement tente de mettre en perspective les différentes activités qui se sont succédées dans cet espace à la veille du futur déménagement de l’artothèque.

Cet agencement se composera d’une peinture murale ajourée, réalisée sur les panneaux de BA13 recouvrant la fresque cycliste, d’un vélo de marque Motobécane pourvu d’une extension de son phare avant, ainsi que d’une série de dessins ouverts aux prêts.



  Laurent Sfar, Il y avait un oubli, un blanc, un trou...
  Les arts au mur, Artothèque de Pessac
  05.11.2010 - 13.01.2011

La mise au jour des sédimentations propres aux différents utilisateurs de l’espace de l’artothèque entre en résonance avec un autre geste de recouvrement architectural à Pessac, celui du quartier Frugès. Conçues en 1927 par Le Corbusier, ces maisons furent 40 ans plus tard habitées activement tant et si bien que les couleurs recouvrant initialement les murs extérieurs ont disparues dans la quasi-totalité des cas, « les fenêtres en longueur ont été raccourcies, les patios ont été refermés, nombre de terrasses ont été recouvertes de toits, les espaces vides laissés sous les pilotis ont été remplis. (…) Au point qu’on est tenté d’y voir, au-delà des vicissitudes dues à un vieillissement normal, un véritable conflit entre les intentions de l’architecte et les réactions de l’habitant»**. Dans un souci de préservation des intentions de l’architecte, l’histoire de ce conflit est en passe de disparaître au sein de certaines maisons.

Entre préservation et reconstitution, la maison « bombardée», offre une situation privilégiée sur ce dilemme du quartier Frugès au vu du sort que l’histoire lui a réservé. Autrefois module d’habitation de ce quartier, cette maison fut détruite sous les bombardements en 1942 et ne peut être reconstruite au vu des exigences historiques.

J’ai reconstitué le volume d’encombrement (en creux) de cette habitation à échelle réduite, avant de recouvrir par couches successives l’enveloppe de cet espace. La succession colorée de ces couches reproduit fidèlement les claviers de couleurs « Ciel » conçus par Le Corbusier pour l’entreprise de papiers peints Salubra en 1931. Les formes initiales de cette bâtisse seront altérées progressivement sous les couches consécutives de ciment. L’architecture de Le Corbusier régie par un enchevêtrement rigoureux de plans orthogonaux laisse place à une architecture dans laquelle la pesanteur retrouve ses droits. Une fois la disparition du prototype achevée, la masse de ciment obtenue est coupée en deux, libérant grâce à l’identification colorée de chaque recouvrement le processus de mutation des formes.

Parallèlement à ces pièces, la gamme colorée Motobécane est réinvestie autour d’un drapeau tricolore, sur lequel la répartition des « valeurs colorées" est redistribuée — clin d’œil à la vexillologie en ces temps d’agitation tricolore.

Un coin en marge de l’espace d’exposition présentera différents ouvrages, essais, romans et études qui m’ont permis de concevoir cette exposition. Le film Supermâché, aire de pique-nique, 2004/2008, réalisé avec Jean Guillaud sera projeté également dans cet espace. Bien que cette vidéo ne soit pas en lien direct avec les différentes pièces de cette exposition, ce travail est emblématique de ma façon de travailler et d’appréhender l’espace construit, c’est pourquoi ce film trouve sa place au sein de cette « documentation ».

* Le titre de cette exposition est extrait d’une phrase du livre de Georges Perec
La Disparition: « Il y avait un oubli, un blanc, un trou qu’aucun n’avait vu, n’avait su, n’avait pu, n’avait voulu voir. On avait disparu. Ça avait disparu. »
J’ai réalisé en 2007, une pièce à partir de cet ouvrage
Ex-libris, la disparition de Georges Perec. J’avais prévu initialement de montrer à Pessac la mise en forme de ce texte, mais elle fait actuellement partie d’une exposition collective à Bruxelles. »

** Philippe Boudon, Pessac de Le Corbusier p.1 et 2, éd. Dunod



Exposition du 5 novembre 2010 au 13 janvier 2011. Les arts au mur artothèque, 16 bis avenue Jean Jaurès - 33600 Pessac. Entrée libre du mardi au vendredi de 11h à 18h, samedi de 14h à 18h et sur rendez-vous.

© Laurent Sfar

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