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Les sculptures d’Elsa Sahal sont réalisées avec une matière rigoureuse, la céramique, qui exige autant de combats techniques que d’heures de cuisson. L’artiste fait oublier les contraintes inhérentes à la terre cuite et donne naissance à des pièces à la fois charnelles et sauvages, qui sont comme des rébus visuels sans solution définitive, dont le sens profond reste toujours voilé. L’oeuvre d’Elsa Sahal fait la part belle à l’imaginaire et la fantaisie. Formellement complexes, ses sculptures sont à mi-chemin entre le végétal, l’animal, le minéral et le culturel ; à la fois repoussantes et fascinantes. Ces productions récentes donnent à voir des corps dansants et morcelés, s’affranchissant des lois de la gravité. Au lieu de sculpter une femme dans son ensemble, dans son tout, elle l’évoque par des extraits choisis et déplacés et nous invite ainsi avec légèreté à une sensualité renouvelée.


Femminus ceramicus, référence au latin, peut aussi se lire comme un hommage discret à l’histoire de la sculpture : Elsa Sahal en est pétrie, des anciennes Vénus aux danseuses de Degas ou Rodin, en passant par les textures brutes et les silhouettes épurées de Georges Jeanclos, dont l’enseignement a laissé sur l’artiste une certaine empreinte. En ligne de mire, une constante : transgresser l’interdit de la figure énoncé par le modernisme et l’abstraction, et questionner encore et encore la représentation du corps. Les enjeux remontent jusqu’au XIXe siècle, lorsque la sculpture respectueuse des normes anatomiques envisage progressivement la fragmentation, la liquéfaction, puis s’affranchit de tout académisme au fil d’un dialogue mouvementé entre la forme et l’informe. Traversés par l’énergie et le mouvement, modelés par le dynamisme, perçus de l’intérieur, les corps sculptés d’Elsa Sahal répercutent cette longue libération.




Les corps de la série Pole Dance se concentrent sur l’essentiel, tels des courts-circuits de désir ou des précipités de fantasme qui feraient fi de l’ordre anatomique pour ne conserver que certains attributs érotiques. Elsa Sahal les reconfigure avec une liberté totale vis-à-vis de la manière ou du style, et cherche avant tout à synthétiser un inconscient corporel, une structure interne qui coïnciderait exactement avec le mouvement dansé ou l’intensité d’un rapport sexuel. Comme des explosantes-fixes rosâtres ou vert lichen, ces danseuses se cabrent en tension dans l’espace : les tiges de soclage qui les maintiennent en suspens jouent par analogie un rôle plus excitant qu’à l’ordinaire, s’apparentant aux barres de la Pole Dance, que les danseuses taquinent et caressent dans leurs chorégraphies. À travers ces sculptures mues par le principe du plaisir, Elsa Sahal rend aussi hommage à l’émancipation du corps sous un angle plus politique, celui que les artistes du New Burlesque choisissent de mettre en scène dans leurs performances ouvertement féministes et transgenres. Hors des cadres figés du corps désiré et désirant, la sculpture capte ici un souffle libératoire, une vision de la femme libre.


L’artiste présente également une nouvelle série réalisée à partir de pièces tournées, soit parcourues d’un sillon dynamique, comme une onde. Les analogies affluent : ces fragments évoquent pêle-mêle un sein, un coquillage (conque ou cauris), une gueule ou un masque, ou encore un sexe de femme aux lèvres ourlées. Parfois, une petite forme se greffe, telle une vénus préhistorique. À nouveau le corps est rêvé, traversé de visions charnelles : Elsa Sahal adopte la même approche primaire et véhémente pour trouver l’évidence du matériau, sa plasticité naturelle propre à incarner d’inédites métamorphoses. « La terre est un matériau très versatile, qui peut aller du côté de l’abject, comme du sublime et de la délectation. Un matériau qui fait le grand écart», dit-elle.


Suspendues avec des sangles, les céramiques de la série Léda descendent du plafond de la chapelle, un vol lourd organisé en lignes brisées, diagonales et obliques qui exploite la verticalité des lieux. « J’étire mon pain de terre en grandes plaques que je modèle. Je construis mes volumes comme des patrons de vêtement, je travaille toujours autour du vide. J’aime la sensation que la sculpture pousse de l’intérieur». La figure du cygne, long cou et formes infinies aux allures de ruban de Moebius, s’hybride ici de références sensuelles et sexuelles, se leste de bourses ou de fesses, s’émaille de surfaces laiteuses, pileuses ou granuleuses. Si souvent traitée dans l’histoire des arts, l'union mythologique de Léda à l’oiseau est relue par Elsa Sahal sur un mode physique et englobant, qui traverse les genres et les règnes pour retrouver une bisexualité primaire, un état fusionnel originaire en phase avec le matériau ici utilisé, la terre, que Bachelard nomme parfois l’« eau composée ». En effet, chaque pièce incarne un flux, une mue réversible, une étreinte lovée dont l’oeil parcourt les incurvations voluptueuses.


Elsa Sahal, Pole danse 4, 2015. Courtesy Galerie Claudine Papillon © Denis Amon

Elsa Sahal, Pole danse 4, 2015. Courtesy Galerie Claudine Papillon © Denis Amon

  Elsa Sahal, Femminus ceramicus
  Chapelle du Genêteil, Château-Gonthier

  09.01 - 06.03.2016

Le texte de Eva Prouteau


La Chapelle du Genêteil présente du 9 janvier au 6 mars l’exposition d’Elsa Sahal, Femminus ceramicus.





































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Gilles Aillaud  

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Gilles Aillaud, Le silence sans heurt du présent





En coproduction avec les Musées des beaux-arts de Rennes et de Saint-Rémy de Provence, cette rétrospective parrainée par la Fondation d’Entreprise Michelin est la première grande exposition consacrée à l’artiste depuis 10 ans. Une cinquantaine de tableaux provenant de grandes collections publiques et privées seront exposés au FRAC Auvergne.



























































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Exposition du 9 janvier au 6 mars 2015. Le Carré centre d’art contemporain, Chapelle du Genêteil, rue du Général Lemonnier – 53200 Château-Gontier. Tél. : +33 (0)2 43 07 88 96. Entrée libre du mercredi au dimanche de 14h à 19h.




 






Elsa Sahal, Femminus ceramicus, Chapelle du Genêteil

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